Qu’est-ce qui fait la valeur ?

Résumé de la discussion du 23 août 2025 animée par Bernard

La discussion part d’une interrogation centrale : qu’est-ce qui fait qu’une chose, une action ou une idée « a de la valeur » ? Le terme est ambigu : on parle de valeur économique (prix, utilité, rareté, échange) mais aussi de valeurs morales (justice, bonté, courage). Le groupe explore d’emblée ce double sens : la valeur comme mesure chiffrée et la valeur comme principe éthique.Deux sous-questions traversent le débat :

  • La valeur est-elle créée par nous (produite par nos décisions, conventions, cultures) ou existe-t-il une valeur intrinsèque, indépendante du regard humain ?
  • La valeur est-elle subjective (relative aux individus et sociétés) ou peut-elle être objective (universellement reconnue, indiscutable) ?

1. La valeur économique : utilité, rareté, échange

Beaucoup d’interventions se réfèrent à l’économie :

  • La valeur peut venir de la rareté (l’eau en période de sécheresse, l’or, une œuvre unique).
  • Elle peut découler de l’utilité (l’arbre qui donne de l’ombre, l’air que nous respirons).
  • Elle se manifeste aussi par la valeur d’échange : ce qu’un objet obtient sur un marché, fixé par l’offre et la demande.
  • Les mathématiques et les statistiques apparaissent comme des outils d’évaluation, mais qui ne suffisent pas à expliquer le sens profond de « valeur ».

Un exemple récurrent est celui de l’argent : sa valeur ne vient pas de la matière (papier ou métal), mais du consensus social qui en fait un équivalent universel. De même, les biens de luxe (Lamborghini, eau des glaciers, œuvres d’art) illustrent une valeur largement sociale et symbolique, liée au prestige plus qu’à l’usage.


2. Les valeurs morales : finalité et comparaisons

Plusieurs participants distinguent les valeurs économiques (qui exigent évaluation, calcul, comparaison) des valeurs morales, qui auraient une finalité interne (ex. la bonté est « bonne » en soi). Mais cette distinction se brouille : on peut aussi comparer les valeurs morales (plus ou moins de courage, de générosité), comme on compare des prix.

La question de la rareté se transpose : une qualité rare (le courage, l’altruisme) a-t-elle plus de valeur morale ?
La culture joue également un rôle majeur : selon les sociétés, certaines vies ou comportements sont valorisés plus que d’autres (ex. rapport différent à l’animal, au migrant, à la couleur de peau).


3. Subjectif et objectif : où placer la limite ?

Une ligne de tension apparaît entre deux visions :

  • Pour beaucoup, la valeur est toujours relationnelle : elle suppose un sujet qui attribue une valeur, qu’il s’agisse d’un individu (pierre précieuse conservée par attachement) ou d’une collectivité (monnaie, œuvres d’art).
  • Mais certains cherchent une valeur objective, indépendante du regard humain. Candidat possible : la vie (par l’instinct de survie, ou parce que « la vie se valorise elle-même en cherchant à se reproduire »)

La discussion reste ouverte : ce qui paraît objectif dans une société donnée (ex. le courage) peut se révéler relatif dans une autre.


4. Les effets sociaux et politiques de la valeur

Derrière les débats théoriques, des enjeux de pouvoir apparaissent :

  • Définir ce qui a de la valeur permet de dominer (ex. le don qui oblige à rendre, la hiérarchie sociale fondée sur l’argent ou les titres).
  • Les institutions (État, marché, médias) jouent un rôle central dans la fixation de valeurs collectives. Certains soulignent que l’objectivité n’est souvent qu’une décision politique présentée comme indiscutable.
  • La hiérarchie des valeurs varie selon les sociétés : en Occident, la liberté occupe une place centrale, ailleurs l’intégration dans le groupe prime.

5. Existence, utilité et dynamique

En fin de discussion, deux pistes se dégagent :

  • Pour certains, « exister suffit à donner une valeur », même si cette valeur est nulle (zéro est déjà une valeur).
  • Pour d’autres, la valeur est toujours dynamique : elle suppose croissance, reproduction, développement (la vie en étant l’exemple paradigmatique).

6. Conclusion ouverte

Aucune définition unique n’émerge, mais plusieurs axes :

  • Économique : rareté, utilité, échange, convention sociale.
  • Morale : finalité interne, jugement comparatif, influence culturelle.
  • Ontologique : la vie comme possible valeur objective, ou l’existence comme telle.
  • Politique et sociale : la valeur comme produit de rapports de force et de consensus imposés.

Le débat montre ainsi que la question « qu’est-ce qui fait la valeur ? » ne reçoit pas une réponse unique, mais révèle la pluralité des registres (économique, moral, culturel, existentiel) dans lesquels nous naviguons quotidiennement.

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